Magasin bio en ligne

Stratégies pour lutter contre la mouche blanche, vecteur du TYLCV

TYLCVLes producteurs de la tomate sont sérieusement confrontés aux dégâts causés par le virus des feuilles jaunes en cuillère de la tomate (Tomato yellow leaf curl virus, TYLCV) récemment introduit dans différents pays méditerranéens.

Les dégâts subits, suite aux attaques du TYLCV, ont approché les 100% dans plusieurs régions productrices de la tomate, où des arrachages de plantations ont été effectués dans une majorité d'exploitations entraînant des préjudices financiers considérables aux producteurs.

Confrontés à ce nouveau virus, les producteurs de tomate sont amenés à changer leurs pratiques culturales et à opérer des modifications au niveau des structures de leurs serres de production.

Depuis la pépinière jusqu'au stade F6, le producteur maraîcher doit se fixer comme principal objectif zéro mouche blanche. Atteindre ce but passe inévitablement par trois points: lutte physique, culturale et biologique.

Ces trois moyens de lutte constituent la base de toute stratégie de lutte contre la mouche blanche. Ils sont complémentaires et aucun moyen ne peut être efficace à lui seul. Le producteur est donc tenu de réajuster ses facteurs de production en fonction des exigences de chacun des moyens de lutte.

Fin de la culture précédente


Les fins de culture ont toujours été reconnues sales. Le producteur de la tomate sous serre est donc tenu de réaliser un certain nombre d'opérations dans le but de réduire significativement toutes populations de mouches blanches ou autres existantes dans la serre de production. L'objectif étant de créer le vide biologique. Les opérations à exécuter sont les suivantes:

1. Après la dernière récolte, il est vivement conseillé de maintenir les irrigations dans la serre jusqu'au jour des interventions, tout en gardant la serre fermée. Ces irrigations vont permettre de maintenir l'activité physiologique des plantes et permettre ainsi d'éviter la migration des mouches blanches.

2. Intervenir, avec un traitement biologique, aussi bien sur les plants de tomate infestés qu'au niveau des mauvaises herbes susceptibles d'accueillir les aleurodes.

3. Le jour suivant les traitements biologiques, il est recommandé d'arracher les plants, et garder 4 lignes de plants dans la serre pour capturer le reste de la population de mouche blanche. Il est nécessaire de les retraiter biologiquement avant leur arrachage.

4. Les déchets de culture constituent un réservoir dangereux de contamination. Une attention particulière doit être accordée à leur gestion et à leur destruction.

5. L'intérieur de la serre doit être un vrai désert (vide sanitaire à l'intérieur des serres):

a. Après sortie des déchets, suppression et évacuation de toutes plantes vivantes à l'intérieur de la serre ;

b. Après travaux du sol et paillage, le producteur est prié de fermer la serre au moins 15 à 20 jours.

Mesures de lutte dans la pépinière


Vu la densité élevée de plants dans les pépinières, le moindre vecteur du TYLCV porteur de la maladie pourrait infester un maximum de jeunes plants de tomate. La pépinière doit faire donc l'objet d'une attention toute particulière de la part du technicien. Les points qui seront discutés constituent les moyens les plus efficaces pour obtenir un plant sain, indemne de toute infection virale.

Conception de la pépinière:

1. La serre pépinière:

a. Ne doit pas être située à l'intérieure d'une serre de production.

b. Ne doit en aucun cas constituer un lieu de production à grande échelle.

c. Doit être réservée exclusivement à la production de plants.

d. Doit être étanche. S'il s'agit d'un Delta 9, veillez à ce que l'ouverture du haut soit bien étanche.

e. Doit être équipée d'un filet insect proof (de préférence caractérisé par un maillage 10x14) sur les cotés et au niveau des ouvertures d'aération.

f. Doit être équipée d'une seule entrée avec sas. Cette porte doit être située sur le côté le moins exposé aux vents.

2. Dimensionnement de la serre pépinière:

La production d'un hectare de serre nécessite en pépinière une surface d'environ 100 m2, et ce pour permettre la réalisation de toutes les opérations inhérentes au semis. Dans le cas d'une pépinière de grande surface, il faut procéder à une séparation en compartiment avec un filet insect proof (10x14).

3. Paillage généralisé:

Après désherbage total de la pépinière, le producteur est prié d'installer un paillage sur l'ensemble de la surface de la pépinière.

Conduite de la pépinière:

1. Préparation de la pépinière:

Le producteur maraîcher est tenu de réaliser les opérations suivantes:

a. Fermeture totale de la serre pépinière au moins 20 jours avant le semis.

b. Traiter ou désinfecter l'armature et le sol avec un désinfectant (formol).

c. Désinfection à l'intérieur de la serre pépinière des alvéoles et de tout autre matériel (en utilisant par exemple l'eau de javel à 2%).

d. Installation des pièges à l'intérieur de la pépinière et au niveau du sas. Pour améliorer la capture des insectes, certains producteurs préconisent des plaques disposées horizontalement à une hauteur d'environ 15 cm au-dessus des plants.

2. Semis:

Différentes opérations doivent être impérativement réalisées à l'intérieur de la serre pépinière, en l'occurence, remplissage des alvéoles et l'opération du semis.

Par ailleurs, il faudrait prévoir un endroit isolé à l'intérieur de la pépinière pour la germination (avec un plastique noir biodégradable). Après, il est recommandé de désinfecter la pépinière.

3. Conduite de la pépinière: (L'objectif souhaitable zéro mouche blanche).

Pour atteindre cet objectif, cinq recommandations sont préconisées:

a. Le personnel responsable de la pépinière ne doit jamais porter des habits de couleurs jaunes.

b. Limiter au maximum les visites à la pépinière.

c. Les déplacements doivent toujours s'effectuer de la serre pépinière vers la serre de production et non l'inverse.

d. Suivre l'évolution des captures au niveau des pièges.

e. Prévoir un programme de lutte biologique contre la mouche blanche.

Enfin, veillez à ce que les plants dans la pépinière soient totalement couverts par un filet insect proof ou par le P17 lors de leur transfert vers la serre de production.

Le P17 est une bâche thermique non tissée qui empêche le passage du ravageur mais permet l'aération des plants.

Lutte physique (de la plantation jusqu'au stade F6)


La lutte physique contre les mouches blanches, vecteurs du TYLCV, concerne surtout la structure de la serre de production. Le principe de cette technique consiste à assurer une étanchéité complète en tenant compte des impératifs climatologiques à l'intérieur de cette serre.

Installation du filet insect proof (10x14) sur les cotés de la serre:

Il est nécessaire et obligatoire mais il risque d'entraver l'aération à l'intérieur de la serre. Pour palier à ce problème, les opérations suivantes sont recommandées:

a. Chaulage pendant les périodes de grandes chaleurs.

b. Remplacement si nécessaire d'une ou deux bandes de plastique de couverture par un filet de maille 6x9 ou 10x14.

Installer un filet sur les ouvertures:

La maille du filet des ouvertures sera tributaire de la spécificité de chaque serre.

Installer un sas assez grand et facile d'utilisation:

Le dit sas ne doit pas être placé du côté des vents dominants et doit contenir une grande plaque jaune gluante pour le piégeage de masse des aleurodes. Le producteur veillera à ce que la deuxième porte ne soit ouverte qu'une fois la première fermée.

Portes d'entrées:

En début de culture, une seule porte est recommandée du côté le moins exposé aux vents.

Habillement:

Le personnel effectuant les différentes tâches techniques et culturales dans les serres de production ne doivent pas en porter de couleur jaune.

Plaques jaunes:

a. En installer une à l'entrée et l'autre au milieu de la serre pour suivre les populations de la mouche blanche. Elles doivent être changées toutes les semaines.

b. Installer des bandes de plaques jaunes engluées à l'intérieur de la serre pour le piégeage de masse.

Le filet inscet proof (10x14) limiterait significativement le passage des mouches blanches par rapport à un filet de maille 6x4 ou 6x6. Ce constat est très probablement dû à la notion d'étanchéité de la serre qui demeure souvent sujet à vérification. En tout état de cause, l'utilisation d'une maille plus étroite (Exemple de 20x10) serait vivement déconseillée.

Il ne faut donc pas se leurrer, la mise en place du filet insect proof ne va pas arrêter le passage des populations de mouches blanches mais plutôt en réduire le nombre. Notons également que l'installation du filet insect proof constitue un des moyens de lutte au même titre que le sont les luttes biologiques et culturales. Compte tenu des ces informations, les différentes formes de lutte deviennent d'une extrême importance pour contrecarrer les populations de mouche blanche immigrantes.

Lutte culturale contre la mouche blanche


La lutte culturale représente le deuxième moyen pour limiter le développement des populations de mouche blanche dans la serre de production. Elle est basée essentiellement sur le désherbage et le suivi des plants virosés. Plusieurs opérations doivent être réalisées par le producteur:

1. Après repiquage des plants, il est conseillé de réaliser un désherbage systématique et régulier à l'intérieur et aux pourtours des serres de production.

2. En cours de culture, un désherbage régulier à l'intérieur de la bande de plantation doit être exécuté.

3. Élimination des feuilles basales des plantes de tomate qui sont le lieu de ponte des aleurodes. Le nombre de ces pontes est fonction du niveau d'infestation.

4. Contrôle régulier des plants et arrachage systématique de tout plant montrant les symptômes du TYLCV. Ces plants doivent être mis dans un sac en plastique puis fermé.

Le plant virosé doit être mis dans le sac plastique puis coupé au niveau du collet. Le sac sera ensuite fermé et exposé au soleil.

5. Plantation des lignes de bordures avec des plantes de tomate résistantes au TYLCV. Ces lignes pièges seront soumises à des traitements biologiques accompagnés d'un piégeage de masse.

6. Réadapter la conduite de la fertigation pour contrecarrer les effets de stress du plant résultant de la multiplication des interventions et des températures élevées.

Lutte biologique contre les mouches blanches


Identification des stades de la mouche blanche présente sur le plant de tomate:

Sur la base des différentes observations réalisées par les producteurs sur les plants de tomate, les stades larvaires sont situés sur la strate inférieure du plant alors que les adultes vont se balader sur un plant de haut en bas.

Les larves sont donc situées en général sur la partie inférieure du plant de tomate mais se trouvent surtout sur la face inférieure de la feuille. Les traitements biologiques doivent être donc ciblés.

Connaissance du produit bio et de son mode d'action:

D'une façon générale, l'application d'un produit biologique doit être fonction de ses spécificités. Ainsi:

1. Avec un larvicide: lors du traitement il faudra viser surtout les parties inférieures du plant de tomate en insistant à ce que le produit qui est généralement de contact atteigne les larves situées sur la face inférieure de la feuille.

2. Avec un adulticide : lors du traitement, toutes les parties de la plante doivent être visées puisque l'on a remarqué qu'au stade adulte, l'insecte pouvait coloniser les différentes parties du végétal.

Raisonner le choix du produit bio en fonction du stade dominant de la mouche blanche sur le plant:

La réussite d'une lutte biologique raisonnée passe inévitablement par la bonne combinaison:

Choix du produit bio → mode d'action stade dominant de l'insecte (mouche blanche) Conditions d'application du produit biologique.

Ainsi, 2 à 3 jours après un traitement biologique larvicide, les résultats commencent à apparaître. Des observations sur la face inférieure de la feuille moyennant une loupe de grossissement 15 à 20 X doivent être réalisées.

Les effets causés par la majorité des larvicides sont de deux types:

1. Mortalité de la larve: Celle-ci n'est plus fixée à la feuille et un léger espace entre la feuille et le corps de la larve est observé.

2. Déformation du corps de la larve: Elle peut rester fixée à la feuille, turgescente, mais le corps de la larve reste disloqué.

Il a été noté que dans les exploitations où la population des larves a été maîtrisée dès le début de la culture, le problème de la mouche blanche et surtout des adultes s'est posé avec beaucoup moins d'acuité. Alors que chez les producteurs ayant utilisé des traitements biologiques de façon anarchiques et non raisonnés, ni les populations d'adultes ni celles des larves n'ont pus être contrôlées.

En général, l'objectif visé, à tendre vers zéro la présence de la mouche blanche dans la serre de production, n'est atteint que lorsque les populations de larves sur les plantes deviennent très faibles et que seules les populations d'adultes immigrantes (venants de l'extérieur) restent à contrôler par le producteur. Ces dernières peuvent être encore maîtrisées par l'utilisation d'un filet insect proof 10x14 (voir ci-dessus).

Pour mémoire, deux pratiques sont nécessaires pour contrôler et baisser les populations de larves au niveau de la serre de production:

1. Éliminer les feuilles basales dès les premières pontes d'œufs tout en continuant à traiter. Généralement cet effeuillage devra débuter quelques jours après repiquage suivant le niveau d'infestation (15 à 20 jours).

Cette opération est très délicate à réaliser, elle nécessite une attention très particulière.

2. Maintenir le contrôle quotidien de l'évolution des populations de larves surtout au niveau de la strate inférieure de la plante, même dans le cas où ces populations baisseraient.

Fin de culture de la tomate sous serre (stade F7)


Durant cette période, le producteur doit faire face à un dilemme puisqu'il est obligé de concilier entre qualité du fruit et un faible niveau d'infestation par la mouche blanche. Plusieurs recommandations ont été retenues:

1. Augmenter la cadence de l'effeuillage tout en limitant le nombre de feuilles éliminées.

2. Maintenir toutes les mesures d'hygiène (désherbage, piégeage de masse, observation de plaque jaune) et de discipline (sas, habillement, limitations des entrées à l'intérieur de la serre) ainsi que le dépistage systématique des plants virosées.

3. Procéder à l'arrachage systématique des plants virosés si le degré d'attaque ne dépasse pas 5%. Dans le cas contraire, se limiter à l'étêtage et à l'effeuillage des plants infestés ou suspects.

Références bibliographiques de la boutique bio en ligne