Mouche blanche, Bemisia argentifolii, un insecte ravageur des cultures maraîchères

Un nouvel Homoptère, insecte ravageur des cultures maraîchères et des plantes ornementales est observé sur l'aubergine, certaines espèces de Brassica à Bel Ombre et sur l'Hibiscus spp. et Lantana à Riche Terre. Il est connu sous le nom scientifique de Bemisia argentifolii, communément appelé Silverleaf Whitefly. Cette espèce appartient à la famille des aleurodes. Elle est très proche de la Bemisia tabaci, qui a été rapportée en France depuis longtemps (1939). La différence entre ces deux espèces ne peut être établie que par des tests biochimiques.

Cycle biologique de Bemisia argentifolii


L'adulte mesure environ 1 millimètre avec des ailes blanches et un corps jaunâtre et recouvert de cire blanche. Les adultes et les nymphes (jeunes stades) sont généralement groupés sur la face inférieure des feuilles et sont plus actifs pendant la journée. Lorsqu'on agite les feuilles d'une plante infestée, les adultes s'envolent en une nuée blanchâtre.

Les œufs sont déposés sous les feuilles. Le cycle de vie, qui varie entre 15 et 18 jours en été, est légèrement plus long en hiver. Une femelle peut pondre entre 60 et 100 œufs.

Plantes hôtes de Bemisia argentifolii


La Bemisia argentifolii est un insecte polyphage qui a été répertoriée sur plus de 500 différentes plantes hôtes. La mouche blanche a été observée sur l'ensemble du territoire. À ce jour, la tomate, le pâtisson, l'aubergine, le giraumon, le vöehm, le concombre et d'autres légumes filants sont infestés. L'insecte est aussi présent sur les plantes ornementales telles que l'hibiscus et le lantana. Les plantes les plus susceptibles sont la tomate, l'aubergine, le pâtisson et le giraumon.

Les dégâts de Bemisia argentifolii


Les adultes et les nymphes prélèvent la sève des feuilles et produisent un miellat, provoquant dans certains cas le développement de la fumagine, champignon noir présent comme un film noir sur les surfaces infectées. Ils injectent aussi des substances toxiques à l'intérieur des plantes provoquant un rabougrissement, une croissance réduite et des défoliations, et pouvant même entraîner la mortalité des plantes. Les symptômes typiques provoqués par l'aleurode sont:

a. Une argenture des feuilles chez le pâtisson (d'où son nom silverleaf whitefly).

b. Un mûrissement irrégulier des tomates.

La Bemisia argentifolii est un vecteur de plusieurs viroses du groupe bi-geminivirus qui sont importantes chez les végétaux. Ces viroses ne sont pas présentes en France. Cependant, la maladie des feuilles jaunes en cuillère de la tomate (Tomato Yellow Leaf Curl Virus, TYLCV), qui est connue pour des dégâts considérables qu'elle inflige à la tomate, est présente en France.

La lutte contre la Bemisia argentifolii


Comme la Bemisia argentifolii est connue pour développer des souches résistantes aux insecticides très rapidement, le traitement chimique doit se faire judicieusement.

Les mesures de contrôle chimiques qui étaient recommandées aux agriculteurs et qui n'ont jamais prouvés leur efficacité sur le long terme étaient des applications d'une pyrethrinoïde au taux de 1 ml par litre d'eau, dès l'apparition des adultes. Ces molécules étaient employées en alternance si l'infestation persiste. De plus, l'insecte se trouvant sous les feuilles, l'application des ces insecticides doit se faire de façon à assurer une couverture maximale par les insecticides, plus particulièrement les parties inférieures des feuilles, ce qui était rarement le cas même en utilisant des pulvérisateurs à moteur (motorised mistblowers).

Mis à part ces traitement chimiques, il est nécessaire d'éliminer les plantes fortement infestées, les mauvaises herbes et des restes de plantes après récolte. Aussi, on évitera de prélever d'un champ infesté des boutures ou autre matériel pour la propagation végétative.

Vu l'importance des dégâts que ce ravageur peut causer, les services agricoles travaillent de concert pour dégager une stratégie de lutte à long terme susceptible de réduire l'utilisation des produits chimiques. Ainsi, des travaux sont en cours sur la lutte biologique, le piégeage et la recherche des variétés résistantes.

Incidence et distribution de Bemisia argentifolii


Depuis son apparition, l'évolution de cet insecte sur le terrain a été suivie de près par les service de vulgarisation et les départements d'Entomologie. Plusieurs relevés indiquaient une infestation sévère dans plusieurs pays quoique l'insecte soit parfois présent dans des grands territoires. Aux pays du Sud, les régions les plus affectées sont nombreuses. Les cultures les plus affectées sont la pomme d'amour, l'aubergine, les légumes filants (tels que le giraumon, la calebasse, le margoze), le manioc et le haricot.

Impact de l'insecte sur la production


Un diagnostic ponctuel dans les régions du sud a révélé que la pomme d'amour est l'espèce la plus affectée et qu'elle a subi une baisse de production variant de 40 à 80%. Cette baisse est associée à:

a. Un nombre de récoltes réduites, de 8 à 3 ou 5 seulement (dues au dessèchement rapide des plantes affectées).

b. Une perte de qualité des fruits due au mûrissement irrégulier.

Afin d'assister la communauté des planteurs de légumes à mieux contrôler ce ravageur, différentes campagnes de sensibilisation ont été effectuées. Plusieurs planteurs ont participé à cette première session de travail comprenant des explications et une démonstration des moyens de lutte. Cette campagne sera étendue à d’autres régions.

Cet insecte présentant un grand danger pour la production locale de légumes, il est important qu'on prenne conscience de ses méfaits afin de mieux le combattre. Il est impératif que toute la communauté de planteurs se sente concernée et agisse avec un sens aigu de responsabilité en participant activement à l'effort communautaire pour cerner le problème avant qu'il ne prenne les dimensions d'un fléau comme cela est le cas ailleurs en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud, etc.

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